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Transmettre une autre image de la moto - (10/07/2007)
  

Enseignant de la conduite, Fabien Colin milite pour un enseignement de la moto plus proche des réels besoins des futurs motards. Il veut donner à ses élèves les éléments pour pouvoir utiliser leur moto dans des conditions de sécurité satisfaisantes. Le point de vue engagé d’un enseignant passionné.


Que pensez-vous de l'enseignement de la conduite de la moto ?
Il y a une certaine dissonance entre le besoin du futur motard et ce que les auto-écoles lui proposent. On traite " l'élève moto " comme un "élève voiture". On lui apprend d'abord la manipulation de l'engin, vient ensuite la sécurité. Pourtant, ce n'est pas la même chose la sécurité sur une moto. Il suffit de prendre le guidon pour s'apercevoir que la protection du motard en cas d'accident est bien maigre...

Qu'est-ce qui ne va pas ?
La plupart des enseignants moto ne sont pas des motards à l'origine, ils ont passé une spécialisation deux-roues et se contentent de donner les bonnes clés pour l'épreuve du permis. Ce n'est pas très difficile de préparer quelqu'un à l'épreuve de permis moto, il suffit de faire du bachotage. Les gens apprennent par cœur des fiches de synthèse, mais ont-ils bien compris qu'il s'agissait d'une réalité à appliquer ensuite dans la " vraie vie " ? Porter son casque, mettre des gants, des vêtements adaptés, avoir un comportement de sécurité et de partage de l'espace routier…

Il y a un problème d'image du motard auprès des jeunes ?
Le futur motard a une représentation assez onirique de la moto, forgée notamment par les hebdomadaires spécialisés qui valorisent parfois la transgression, la prise de risques. Par exemple, lors de la présentation d'une nouvelle moto, il n'est pas rare de voir des photos de l'engin sur une seule roue. Ou bien le pilote a le genou qui colle à la route, on montre des photos de deux ou trois motards de front… Le lectorat jeune s'identifie facilement, on lui vend du cliché à longueur de numéros. Dans cet imaginaire, se casser, se faire mal, c'est valorisant. La liberté oui, mais pas celle de transgresser.

Comment faites-vous passer le message de la sécurité routière ?
Je suis affilié à l'ADFM, l'Association de formation des motards, et nous avons une autre vision. Pour moi, le permis n'est pas l'objectif premier. Le but est plutôt de leur donner un comportement aussi sûr que possible sur une moto, travailler sur la représentation, et aussi leur donner une technicité qui rend la conduite d'une moto plus fiable. Attention aux réflexes des automobilistes : une moto n'est pas bien vue, même le phare allumé, et il faut adapter son comportement à l'erreur possible des autres usagers de la route. Notre boulot n'est pas facile. Nous devons travailler sur des repères de prise de conscience. Il ne s'agit pas de faire de la morale, mais de changer l'image que ces jeunes ont de la moto.

La technique, il faut l'enseigner ou ne pas aller trop loin ?
Certains disent qu'enseigner trop de techniques aux élèves les incite à prendre plus de risques. La technique, oui, mais si elle aboutit à une prise de conscience de la difficulté réelle de conduire une moto, même de petite cylindrée. Je crois aussi que cet apprentissage technique peut influencer les jeunes dans leur premier achat d'une moto moins puissante, mais plus facile à maîtriser pour un débutant.

Qu’enseignez-vous à vos élèves sur la cohabitation avec les autres usagers de la route ?
Le message, c'est la tolérance. Il n'existe pas de motard qui ne soit aussi automobiliste. Le motard doit comprendre que la voiture qui s'écarte pour le laisser passer, ce n'est pas un dû. Le motard est un usager de la route comme les autres. Je ne revendique aucun droit particulier pour les motards, sauf la prise en compte des spécificités des deuxroues pour l'aménagement d'infrastructures.

L'image de la moto, c'est aussi la moto plaisir ?
Quand on enseigne la moto, on est souvent confronté à des raisonnements peu cartésiens. Il faut sans cesse expliquer qu'on peut faire de la moto tranquillement, qu'on n'est pas obligé de poser le genou par terre à chaque virage. Et puis faire valoir des arguments positifs : le plaisir de humer les champignons à 60 km/h dans les bois, dire qu'on s'amuse plus à prendre un virage en épingle proprement à 30 km/h que de caler le compteur au-dessus de 200 km/h sur l'autoroute. Ça, c'est à la portée de n'importe qui ! On peut prendre du plaisir différemment à moto.

La demande des futurs motards a-t-elle évolué ces dernières années ?
Environ la moitié des élèves est constituée de jeunes de 20-25 ans, les autres sont plutôt des "quadras" qui réalisent un vieux rêve. On a perdu un peu de ce public des plus jeunes et on voit arriver des femmes. Elles sont très demandeuses d'une formation de qualité, alors que les hommes jeunes veulent un accès rapide au permis. Accélérer les formations ? Fréquenter les circuits ? Je suis contre, car cela donne l'envie de vitesse. Je ne crois pas à l'importance d'un exutoire dans le cadre du permis de conduire. Le circuit, c'est du sport, il y a des fédérations sportives pour ça. Sur la route, il y a des règles à respecter. Certes, on n'empêchera pas un gamin de les transgresser, mais on doit lui expliquer que c'est une erreur de le faire. L'enseignant ne peut pas être complice de ça.

En quoi votre expérience d’IDSR inspecteur départemental de sécurité routière.nourrit-elle votre enseignement ?
Elle apporte une certaine connaissance du terrain, grâce au travail mené avec les enquêtes et à la richesse des contacts avec les autres intervenants. Ce sont aussi des exemples concrets pour en parler avec les élèves. Ce n'est pas facile de faire passer le discours sur la sécurité, alors on parle d'accidents graves qui se sont produits à proximité. Cela en fait réfléchir certains.

Sources: www.securiteroutiere.equipement.gouv.fr